Vincent Bonnefille


Darknet, laboratoires d’un capitalisme ingouvernable
Sous la direction de Gwenola Wagon

Résumé du projet de thèse :

Le Darknet est le protagoniste de nombreux récits d’épouvante à l’endroit des technologies. C’est le terrain idéal de jeux de réalité alternative, d’enquêtes cryptiques jouant avec la peur de savoir. On y invente des portes dérobées vers un Internet Quantique, l’accès aux secrets les mieux gardés. Grâce à l’anonymat que procurent ces réseaux, une criminalité organisée prolonge son activité en ligne. L’on y vend ce que l’éthique ailleurs refuse : données piratées, pédopornographie, drogues. Les cryptomonnaies, Bitcoin, Monero, y trouvent leur premier public d’adoption. Le rêve crypto-anarchiste s’y réalise en profitant à un anarco-capitalisme débridé.

Une autre histoire raconte comment, à travers le monde, ces canaux de communication sécurisés protègent leurs sources : journalistes, lanceurs d’alertes. Ils donnent aux personnes poussées au silence la possibilité de s’exprimer sans filtre tout en contournant la censure qu’imposent les régimes autoritaires. Une hypermnésie ingouvernable qui nous confronte à des contenus ailleurs voués à l’oubli : des récits indicibles, tabous, refoulés, impossibles, dangereux, interdits (trop souvent relégués hors du champ politique).
Les protocoles d’anonymisation réalisent l’utopie d’un Internet imodéré, capable de révéler ce que d’autres canaux occultent. Un Internet libertarien par lequel l’individu n’est plus freiné par la morale ou validation sociale. Les « crypto-gourous » font partie de ce paysage. Ils cultivent l’exhubérance consumériste (flex culture) et renouvellent l’idéal capitaliste : être légalement au dessus des autres par les biens qu’on possède.

Internet est un objet vivant, en création. En faire le tour semble impossible. Les darknets y sont représentés comme à part, comme extrémité d’un réseau pas encore tout à fait civilisé. Nous voudrions dépasser cette dichotomie, retracer l’évolution de cette mythologie technologique. Nous opèrerons par fragments, en expliquant l’intrication d’objets techniques et culturels entre eux : leurs dépendances, leurs limites, leurs promesses.

Site personnel :
https://vincent-bonnefille.fr

Communications, interventions

"Stratégies de résistance : discussion autour de l’information, l’activisme et les pratiques Esthétiques", Université de Strasbourg, 2022.
"Congère", syndicat Solidaire, Paris, (exposition collective, corpus animé : les Luddites au bureau, 2020.
Participation au film de Alice Lenay, "Dear Hacker", 2020.
"VirusLand", La Générale, Paris, avec Alice Lenay, vulnérabilités hackeuses), 2020.
"Déranger : penser l’indiscipline", Université de Grenoble, 2018
"Habitabilité des mondes cartographiques", Labex H2H, Nanterre cartographie, corpus de recherche, Darknet et Deepweb, censures, 2017.
"Darknets et Fromages", l’AhAh, centre d’art, Paris, trafics lactés, performance d’après un corpus d’images animées, 2017.
"Dark/Deep-web et transgression", Jeudis de la Sorbonne, Paris, 2017
 

Enseignement

Séminaire de recherche, culture du code, Master 1, École Universitaire de Recherche EUR-ArTeC, Paris Lumière, 2022.
Cours de création web, licences, Département arts plastiques, Université Paris 8, Master MDAC, 2020.
Cours d’initiation aux logiciels libres, Paris, 2018.